Expulsion locative imminente : tous les recours pour arrêter ou retarder la procédure

En tant que référent insertion socio-professionnelle et travailleur social accompagnant depuis plus de 25 ans des familles confrontées aux procédures d’expulsion, j’ai vu des situations en apparence désespérées se retourner en quelques heures grâce au bon recours, activé au bon moment. Ce guide vous indique exactement quoi faire, dans quel ordre et avec quel délai — parce que dans une expulsion imminente, chaque heure compte.

— Hamoudi, professionnel du social, auteur de rebond-financier.fr

Vous venez de recevoir un jugement d’expulsion, un commandement de quitter les lieux, ou vous craignez que le commissaire de justice se présente demain matin. La procédure d’expulsion locative n’est jamais un point final : à chaque étape, la loi française prévoit des recours, des délais et des protections. Ce guide les passe en revue selon votre situation réelle.

Locataire face à une lettre d'expulsion tenant un document de recours judiciaire
Expulsion imminente : des recours existent à chaque étape de la procédure © rebond-financier.fr

⚠️ Vous faites face à une expulsion imminente ? Voici les 3 recours d’urgence selon votre situation :

1. Appel du jugement d’expulsion — à interjeter dans le délai d’un mois suivant la signification du jugement (art. 538 du Code de procédure civile). L’appel n’est pas suspensif de plein droit, mais vous pouvez demander simultanément l’arrêt de l’exécution provisoire.

2. Référé suspension (délais de grâce) — demande à adresser au juge de l’exécution à tout moment entre la réception du commandement de quitter les lieux et l’expulsion physique. Peut octroyer de 1 mois à 3 ans de délai supplémentaire (art. L412-3 du CPCE).

3. DALO (Droit au logement opposable) — recours à déposer auprès de la commission de médiation départementale si vous êtes sans logement ou menacé de l’être et que vous remplissez les conditions (loi du 5 mars 2007). Aucun délai maximum strict, mais agir avant l’expulsion physique est indispensable pour activer la procédure d’urgence.

Expulsion locative : à quel stade êtes-vous vraiment ?

La procédure d’expulsion locative comporte cinq étapes successives — et un recours distinct existe à chacune d’elles. La première erreur est de croire que tout est joué une fois le jugement prononcé : ce n’est pas le cas.

La procédure d’expulsion est encadrée par les articles L411-1 et suivants du Code des procédures civiles d’exécution (CPCE), dont la version consolidée est consultable sur legifrance.gouv.fr (art. L411-1 CPCE).

Voici les cinq étapes de la procédure, avec les délais légaux et les recours disponibles à chaque stade :

Glissez →

Étape Délai légal Droits du locataire Recours possible
Jugement d’expulsion signifié Immédiat (J+0) Délai d’appel court dès la signification Appel sous 1 mois
Commandement de quitter les lieux 2 mois minimum pour quitter (art. R411-1 CPCE) Saisir le juge de l’exécution, rechercher un logement Référé délais, DALO
Demande de concours de la force publique Délai variable selon préfecture Trêve hivernale applicable, demande de médiation sociale Trêve hivernale, SIAO 115
Expulsion physique avec CFP Impossible du 1er nov. au 31 mars Assistance au relogement, inventaire des biens 115, DALO urgence
Après l’expulsion Biens récupérables sous 2 mois Hébergement d’urgence, demande logement social DALO, 115, SIAO

Appel du jugement d’expulsion : délai et procédure

L’appel est possible dans le délai d’un mois suivant la signification du jugement par commissaire de justice (art. 538 du Code de procédure civile). C’est le recours le plus fort, car il permet de faire réexaminer entièrement la décision par une juridiction supérieure — mais il présente deux contraintes majeures.

Premièrement, l’appel n’est pas automatiquement suspensif lorsque le jugement est assorti de l’exécution provisoire — ce qui est souvent le cas en matière d’expulsion. Vous devez alors demander simultanément, en référé, l’arrêt de l’exécution provisoire auprès du premier président de la cour d’appel compétente.

Deuxièmement, la procédure d’appel nécessite obligatoirement un avocat inscrit au barreau de la cour d’appel du ressort. Si vos ressources sont limitées, vous pouvez solliciter l’aide juridictionnelle — elle est accordée en fonction de vos revenus et peut couvrir jusqu’à la totalité des honoraires.

Points clés à retenir sur l’appel d’un jugement d’expulsion :

  • Délai impératif : 1 mois à compter de la signification (non de la date du jugement)
  • Juridiction compétente : Cour d’appel du ressort du tribunal qui a rendu la décision
  • Avocat obligatoire et aide juridictionnelle possible sous conditions de ressources
  • Après le délai d’un mois : l’appel n’est plus possible, mais d’autres recours restent ouverts
Avocat et locataire devant un tribunal pour une demande de référé suspension d'expulsion
Le référé suspension peut être demandé à tout moment entre le commandement de quitter les lieux et l’expulsion physique © rebond-financier.fr

Référé suspension : comment geler l’expulsion en urgence

Le référé suspension — aussi appelé demande de délais de grâce — est le recours le plus accessible et le plus utilisé : il peut octroyer jusqu’à 3 ans de délai supplémentaire pour quitter les lieux. Il est régi par les articles L412-3 et L412-4 du Code des procédures civiles d’exécution.

Ce recours s’adresse au juge de l’exécution (JEX) du tribunal judiciaire dans le ressort duquel se situe le logement. Il peut être demandé à tout moment entre la réception du commandement de quitter les lieux et l’expulsion physique effective — sans avocat obligatoire.

Pour formuler la demande, il faut utiliser le formulaire officiel Cerfa 15426 « Requête au juge de l’exécution », disponible sur service-public.gouv.fr (fiche loyers impayés et expulsion, mise à jour le 1er janvier 2026). La demande doit exposer votre situation personnelle, familiale et sociale, et justifier l’impossibilité de trouver un logement dans le délai imparti.

Critères pris en compte par le juge de l’exécution :

  • Situation de bonne foi du locataire — paiement des indemnités d’occupation dans la mesure du possible
  • Âge, état de santé, présence d’enfants à charge
  • Absence de solution de relogement malgré les démarches engagées
  • Durée d’occupation du logement et ancienneté dans le quartier

💡 Cas concret — Mohamed, père de 3 enfants

Mohamed, 44 ans, employé en contrat précaire, avait reçu un commandement de quitter les lieux après un jugement d’expulsion pour impayés (dette de 4 200 €). Je l’ai accompagné dans sa demande de référé devant le juge de l’exécution, en joignant les justificatifs de démarches FSL en cours, les bulletins de salaire, et une attestation de scolarisation de ses trois enfants dans l’école du quartier. Le juge a accordé un délai de 18 mois, permettant à la famille de trouver un logement social. Le DALO a été déposé en parallèle et accepté 14 mois plus tard.

Expulsion avec enfants : les recours prioritaires

La présence d’enfants à charge constitue un argument central dans toute demande de délais ou de suspension d’expulsion. Il n’existe pas en droit français de protection absolue liant la présence d’enfants et l’interdiction d’expulser, mais plusieurs leviers spécifiques s’appliquent.

En premier lieu, la présence d’enfants scolarisés renforce considérablement les demandes de délais auprès du juge de l’exécution. Les juges sont sensibles à la continuité de la scolarisation et accordent fréquemment des délais calés sur la fin de l’année scolaire.

En deuxième lieu, le préfet peut refuser le concours de la force publique lorsque l’expulsion risque de conduire à des troubles graves à l’ordre public — situation fréquente lorsque des familles nombreuses avec enfants en bas âge sont concernées et qu’aucune solution de relogement n’existe. Ce refus préfectoral est discrétionnaire mais réel.

En troisième lieu, les services de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) peuvent être mobilisés en urgence si l’expulsion menace le bien-être des enfants. Leur signalement peut déclencher une intervention sociale rapide et faciliter l’accès à un hébergement d’urgence adapté aux familles.

DALO : le droit au logement opposable comme dernier recours

Le DALO (Droit au logement opposable) oblige l’État à vous reloger si vous remplissez les conditions — c’est un recours à déposer dès que la menace d’expulsion devient réelle, pas après l’expulsion physique. Il est fondé sur la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable.

La demande DALO est adressée à la commission de médiation du département où vous résidez. Vous entrez dans les critères du DALO expulsion si vous avez reçu un jugement d’expulsion exécutoire sans solution de relogement.

La commission dispose de 3 mois pour rendre sa décision (6 mois pour les DOM). Si elle reconnaît votre situation comme prioritaire et urgente, le préfet est tenu de vous proposer un logement ou un hébergement dans des délais contraints. En cas de carence de l’État, vous pouvez saisir le tribunal administratif en urgence (recours DALO contentieux).

Glissez →

Recours Délai pour agir Juridiction Coût
Appel du jugement 1 mois après signification Cour d’appel Avocat obligatoire (aide juridictionnelle possible)
Référé délais (JEX) Entre commandement et expulsion physique Juge de l’exécution (tribunal judiciaire) Gratuit (sans avocat obligatoire)
DALO expulsion Dès jugement exécutoire, avant expulsion physique Commission de médiation → Préfet → TA Gratuit
Dossier surendettement À tout moment avant expulsion physique Commission de surendettement Banque de France Gratuit

Expulsion et surendettement : la procédure peut-elle être suspendue ?

Oui : le dépôt d’un dossier de surendettement peut suspendre la procédure d’expulsion dans certaines conditions — c’est un levier sous-utilisé, souvent ignoré des locataires dont les dettes locatives s’inscrivent dans un endettement plus global.

Dès que la commission de surendettement déclare le dossier recevable, toutes les procédures d’exécution visant les biens du débiteur sont suspendues, y compris la procédure d’expulsion liée aux loyers impayés inclus dans le dossier. Cette suspension court pendant toute la durée de la procédure (art. L722-2 du Code de la consommation).

La condition essentielle est que les loyers impayés soient bien inclus dans le dossier de surendettement déposé. Si votre expulsion résulte uniquement de loyers impayés et que vous avez par ailleurs d’autres dettes non professionnelles (crédits à la consommation, factures d’énergie, etc.), la procédure de surendettement peut englober l’ensemble et geler simultanément les différentes poursuites.

Pour comprendre la procédure de surendettement et savoir si vous êtes éligible, consultez notre guide complet du surendettement.

Famille avec enfants attendant une décision de relogement DALO après expulsion
Le DALO oblige l’État à reloger les ménages reconnus prioritaires — déposez votre recours avant l’expulsion physique © rebond-financier.fr

Après l’expulsion : hébergement d’urgence et relogement

Si l’expulsion physique a eu lieu ou est imminente sans solution de logement, le 115 (Samu Social) est le numéro d’urgence à appeler immédiatement. Disponible 24h/24, 7j/7, il oriente vers les structures d’hébergement d’urgence disponibles dans votre département.

Au-delà du 115, plusieurs circuits de relogement existent :

  • SIAO (Service Intégré d’Accueil et d’Orientation) — plateforme départementale coordonnant les demandes d’hébergement et d’accès au logement social, accessible via le 115 ou votre travailleur social
  • Demande de logement social — si ce n’est pas encore fait, elle doit être déposée immédiatement. Le recours DALO peut accélérer le traitement si vous êtes reconnu prioritaire.
  • Hôtels sociaux et CHRS (Centres d’Hébergement et de Réinsertion Sociale) — orientés via le SIAO, ils peuvent accueillir des familles avec enfants.
  • Hébergement chez un tiers — une attestation d’hébergement formalisée protège vos droits administratifs (adresse de correspondance pour la CAF, France Travail, etc.).

Pour rédiger une attestation d’hébergement ou toute démarche administrative associée, les modèles de lettres pour vos démarches administratives disponibles gratuitement peuvent vous faire gagner un temps précieux.

⚠️ La mairie est-elle obligée de vous reloger ?

Non — la mairie n’a pas d’obligation juridique directe de relogement. En revanche, le CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) peut vous orienter vers les dispositifs adaptés à votre situation. C’est l’État, via le préfet, qui est tenu à cette obligation lorsque vous avez été reconnu prioritaire par la commission de médiation DALO.

👨‍💼 Encadré expertise — Ce que j’observe sur le terrain après 25 ans d’accompagnement

La distinction qui détermine l’issue d’une expulsion imminente est simple : il y a ceux qui agissent dans les 48 premières heures après avoir reçu le commandement de quitter les lieux, et ceux qui attendent. Dans les deux décennies où j’ai accompagné des familles en situation d’expulsion, j’ai vu des situations objectivement perdues se retourner grâce à un référé devant le juge de l’exécution déposé à temps — et des situations parfaitement récupérables déboucher sur une expulsion parce que personne n’avait actionné le bon levier dans le bon délai.

Quand il est encore possible d’agir : tant que l’expulsion physique avec concours de la force publique n’a pas eu lieu, un recours existe. Le référé délais auprès du JEX est accessible sans avocat et peut obtenir des résultats en quelques semaines. Le DALO peut être déposé en parallèle. Si des dettes multiples existent, la commission de surendettement peut geler l’ensemble des procédures.

Quand il faut basculer vers l’hébergement d’urgence : lorsque l’expulsion physique est prévue dans moins de 48 heures et qu’aucun recours n’a été déposé — le 115 doit être appelé immédiatement, sans attendre. L’hébergement d’urgence n’est pas une défaite : c’est la base stable à partir de laquelle les recours DALO et la demande de logement social peuvent être activés dans de meilleures conditions.

— Hamoudi, référent insertion et professionnel du social, auteur de rebond-financier.fr

Questions fréquentes sur les recours en cas d’expulsion

Combien de temps entre le jugement d’expulsion et l’expulsion effective ?

En pratique, le délai minimum entre un jugement d’expulsion et une expulsion physique est de 4 à 8 mois. Ce délai comprend : la signification du jugement, les 2 mois minimum du commandement de quitter les lieux (art. R411-1 du CPCE), le délai d’obtention du concours de la force publique auprès de la préfecture, et l’impossibilité d’expulsion pendant la trêve hivernale (1er novembre – 31 mars). Ce délai peut être considérablement allongé par le dépôt d’un référé délais devant le juge de l’exécution.

Peut-on faire appel d’un jugement d’expulsion après le délai d’un mois ?

Non, le délai d’appel d’un mois est impératif (art. 538 du Code de procédure civile). Passé ce délai, l’appel est irrecevable. En revanche, d’autres voies restent ouvertes : le référé délais devant le juge de l’exécution, le DALO, ou le dossier de surendettement. Si le jugement vous a été signifié alors que vous étiez à une adresse incorrecte, des moyens de contestation spécifiques peuvent exister — consultez une ADIL ou un avocat.

Le 115 peut-il m’héberger si je suis expulsé ?

Le 115 (Samu Social) est un numéro d’urgence national — gratuit, disponible 24h/24 — qui oriente vers les structures d’hébergement d’urgence. Il ne garantit pas une place immédiate, car les capacités d’hébergement sont souvent saturées, mais il est votre point d’entrée indispensable dans le dispositif d’urgence. Les familles avec enfants sont prioritaires. En cas de refus, signalez votre situation au SIAO (Service Intégré d’Accueil et d’Orientation) de votre département.

L’expulsion est-elle suspendue si je dépose un dossier de surendettement ?

Oui, si les loyers impayés sont inclus dans le dossier de surendettement et que la commission déclare le dossier recevable. La recevabilité entraîne la suspension de toutes les procédures d’exécution visant les biens du débiteur (art. L722-2 du Code de la consommation). Cette suspension couvre également la procédure d’expulsion. Le dossier doit cependant être déposé avant que l’expulsion physique soit exécutée — l’effet suspensif ne s’applique pas rétroactivement.

Peut-on être expulsé sans avoir reçu le jugement ?

Non. Toute expulsion physique doit être précédée d’une décision de justice, signifiée par commissaire de justice, puis d’un commandement de quitter les lieux, lui aussi signifié par commissaire de justice. Une expulsion sans ces étapes légales constitue une voie de fait pénalement sanctionnable. Si un propriétaire tente de vous expulser sans procédure — en changeant les serrures, en coupant les services — il risque jusqu’à 3 ans de prison et 30 000 € d’amende (art. 226-4-2 du Code pénal).

Que faire si l’huissier se présente pour l’expulsion ?

Le commissaire de justice (anciennement huissier) se présente un jour ouvrable entre 6h et 21h. Si vous êtes présent, vous pouvez ouvrir la porte et partir volontairement — un procès-verbal d’expulsion est dressé et vous pouvez récupérer vos biens dans les 2 mois. Si vous êtes absent ou refusez, il peut demander le concours de la force publique au préfet. Dans tous les cas, si vous n’avez pas encore déposé de référé délais : il n’est pas trop tard pour l’initier — une demande d’urgence peut être déposée au greffe le jour même.

La mairie est-elle obligée de me reloger après une expulsion ?

Non, la mairie n’a pas d’obligation légale directe de relogement. En revanche, si vous avez été reconnu prioritaire et urgent par la commission de médiation DALO, le préfet est juridiquement tenu de vous proposer un logement adapté dans un délai contraint (3 à 6 mois selon les régions). En cas de carence préfectorale, le tribunal administratif peut être saisi et condamner l’État à vous reloger sous astreinte.

Expulsion et enfants scolarisés : y a-t-il une protection spécifique ?

Il n’existe pas de protection légale absolue liée à la scolarisation, mais la présence d’enfants scolarisés est un argument très fort dans les demandes de délais auprès du juge de l’exécution. Les juges tiennent systématiquement compte de la situation familiale et accordent souvent des délais permettant d’aller au terme de l’année scolaire. Par ailleurs, en cas de menace grave pour les enfants liée à l’expulsion, les services de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) peuvent être mobilisés en urgence pour faciliter un hébergement adapté.

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